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Le pèlerinage de Lag BaOmer à Méron, sur la tombe de Rabbi Chimon Bar Yo’haï et de son fils Rabbi Eléazar est une ancienne coutume. Etudes prières, allumage de bougies, de torches ou de grands bûchers, danses et grandes manifestations de joie. On a également l’usage d’y pratiquer la première coupe des cheveux des garçons vers l’âge de trois ans.
Les textes de l’époque talmudique citent des élèves du Maître qui allaient régulièrement pèleriner sur la tombe de Rabbi Chimon, l’auteur du Zohar: Rabbi Abba, Rabbi ‘Hyiah. Est également mentionné une visite de Eliahou Hanavi avec Rabbi Yéchoua ben Lévi, venus résoudre auprès du Maître une citation de lui sur une épineuse question talmudique.
Plus récent (?), en 5249 – 1489, c’est Rabbi Obadiah de Bartenora, commentateur de la Michnah et grand voyageur, qui relate dans une lettre la coutume du pèlerinage.
« Le 18 Iyar, jour de sa disparition, on vient de tous les environs pour allumer de grandes torches, en plus des bougies qui y brûlent perpétuellement. De nombreuses femmes stériles ont conçu et de nombreux malades ont guéri par le mérite des dons et des engagements pris sur ce lieu. »
Par la suite, c’est l’installation de l’école kabbalistique à Tsfat, autour de Rabbi Its’hak Louria, le Ari-zal, qui a donné un grand essor au pèlerinage. En 5330 – 1570, son disciple, Rabbi ‘Haïm Vital écrit dans le « Sefer Hakavanot »:
« C’est une coutume ancienne de se rendre le jour de Lag BaOmer sur les tombeaux de Rabbi Chimon Bar Yo’haï et de Rabbi Chimon qui sont enterrés dans la ville de Méron. On y reste pour prier, étudier, fêter et festoyer. Je me souviens avoir vu mon Maître s’y rendre avec toute sa famille et ses élèves. Il y est resté trois jours, la première fois qu’il avait quitté l’Egypte.
L’érudit Rabbi Yonathan Sagués m’a raconté que l’année précédante, avant même que je ne vienne étudier chez le Maître, il y était venu avec son jeune fils et toute la famille, et lui avait coupé les cheveux, selon l’usage connu, et avait ensuite fait une grande fête très joyeuse.
Le Sage Rabbi Avraham HaLévy m’a raconté que cette même année il s’était rendu à Méron, sur la tombe de Rabbi Chimon, et y avait prié, selon son habitude en incluant des demandes de consolation pour la perte de Jérusalem et du Saint Temple. Rabbi Its’hak Louria l’avait alors réprimandé, en disant que Rabbi Chimon lui avait demandé de le faire, car il ne fallait pas mentionner de deuil en ce jour qui est la fête de Rabbi Chimon Bar Yo’haï!
(…) Et je mentionne tout ceci pour montrer qu’il y a une base à ce pèlerinage. »
Ce texte de Rabbi ‘Haïm Vital nous apprend donc que déjà à son époque, 1570, la visite à Méron était considérée comme une coutume ancienne, que l’usage était d’y venir en famille, d’y camper pendant plusieurs jours, de manger et dormir sur place, avec de grandes manifestations de joie, d’y pratiquer joyeusement la première coupe de cheveux des garçonnets.
Rabbi Moché Cordovero, élève de Rabbi Chlomoh Alkabets, écrit ainsi:
« En 5308 (1548), nous sommes venus pèleriner sur les tombes de Rabbi Chimon Bar Yo’haï et de son fils Rabbi Eléazar. J’ai prié là bas du fonde mon cœur, puis mon Maître s’est levé et à commencer à commenter…. ».
Un voyageur venu de Candie témoigne de ces pèlerinages dans une lettre de 5233 (1473).
A une distance de 500 mètres en haut de la montagne, vers le Nord Ouest, se trouve une ancienne synagogue de grande dimension et qui fut d’une belle architecture.
Les pierres qui en restent sont de grandes pierres de taille.
Cette synagogue est entièrement détruite, sauf le mur sud, et le site est jonché de ces imposantes pierres qui attestent des dimensions de l’édifice.
La tradition rapporte que c’est dans ce lieu que priait Rabbi Chimon Bar Yo’haï lors de son séjour à Méron.
Un voyageur anonyme rapporte dans une lettre de 5256 (1496):
« Il se trouve à Méron la vieille synagogue de Rabbi Chimon, construite de grands blocs de pierre. Aujourd’hui elle est détruite et il n’en subsiste qu’un seul mur.
Les gens de Tsfat racontent qu’ils ont la tradition que lorsque ce mur tombera, ce sera un signe de la venue imminente de Machia’h.
On m’a rapporté que l’année de l’exil des Juifs d’Espagne (1492), des pierres en sont tombées, et les Juifs de Tsfat ont fait une grande fête »
En 1971, je n’effectuais pas mon service militaire actif, mais j’ai passé la journée de Lag Baomer près de la ligne de front, sur la frontière israélo-égyptienne, au bord du Canal de Suez.
Deux jours avant Lag Baomer, le Rabbi de Loubavitch avait demandé que nous fassions parvenir à tous les soldats postés aux frontières une lettre spéciale de sa part afin de leur remonter le moral.
Avec quelques autres ‘Hassidim du village de Kfar ‘Habad, je me suis dirigé vers le Sinaï. Nous avons emporté de nombreuses photocopies de la lettre, des gâteaux et de la vodka.
Au petit matin, nous sommes arrivés au fortin Balouza où nous avons demandé au commandant de la région la permission de visiter tous les fortins postés non loin du Canal. C’était un colonel, mais il accepta que nous nous rendions partout sauf sur le canal lui-même:
« Ces épaules, dit-il en désignant ses insignes militaires, ont déjà envoyé de nombreux soldats au front mais ma conscience m’interdit d’y envoyer un seul civil qui n’aurait pas dû s’y trouver ».
Il nous procura des casques et des gilets pare-balles et nous sommes partis. Partout nous avons été accueillis à bras ouverts par les soldats, heureux de notre visite.
A un moment donné, nous avons aperçu un convoi qui allait approvisionner tous les fortins. Nous avons décidé de prendre nos responsabilités:
« Vous allez vers le front ? » avons-nous demandé tout naturellement. « Oui », répondit l’un des conducteurs en nous proposant des places dans son command-car.
L’après-midi, nous sommes arrivés au premier fortin. Pendant que le conducteur déchargeait les caisses, nous avons rassemblé les soldats et leur avons distribué la lettre du Rabbi, des gâteaux et… de quoi trinquer « Le’haïm », « A la vie ! ».
Le dernier fortin auquel nous sommes parvenus s’appelait Tempo.
« Avez-vous apporté des friandises ? » demanda le commandant au conducteur.
« Désolé, pas cette fois-ci ! » répondit-il.
« Dommage car un de nos soldats célèbre justement son anniversaire… »
A ce moment, nous avons jailli du command-car et nous avons distribué les gâteaux et la vodka ! Les soldats se sont rassemblés autour de nous et nous avons fêté cet anniversaire avec une joie difficile à décrire.
Certainement ce soldat ne l’oubliera jamais !
Les soldats avaient du mal à nous laisser repartir mais nous dépendions du convoi. Sur le chemin du retour, une tempête de sable s’éleva, si dense qu’il était presque impossible d’ouvrir les yeux.
Quand nous sommes arrivés à Balouza, le commandant voulut nous remercier: « J’ai reçu de tous les fortins des rapports élogieux sur vos visites ! ».
Il enleva un rideau et découvrit une carte aérienne de toute la région: il désigna chacun des fortins; quand il pointa le doigt sur celui qui était le plus près du canal, je laissai échapper: « Ça, c’est Tempo ! »
« Comment connais-tu ce nom ? » demanda-t-il, étonné.
» Nous en revenons justement ! » répondis-je, conscient d’avoir « gaffé » et je lui racontai avec un sourire comment nous nous étions débrouillés pour contrer ses volontés.
Il sourit: « Que puis-je dire ? Vous, vous recevez vos ordres directement du Rabbi ! »
A Rafia’h, nous avons été obligés d’attendre la formation d’un nouveau convoi car il est impossible de se déplacer de nuit dans des voitures particulières.
Soudain un autobus s’arrêta à côté de nous et le conducteur nous demanda: « Que faites-vous ici à Lag Baomer ? »
Nous lui avons raconté tout ce que nous avons fait pour le moral de nos soldats.
Le conducteur fut très impressionné: il descendit du bus, nous embrassa tous l’un après l’autre et dit: « J’ai entendu aujourd’hui à la radio que des milliers de ‘Hassidim se sont rendus à Méron en pèlerinage sur la tombe de Rabbi Chimon Bar Yo’haï, mais vous, vous n’êtes pas allés à Méron !
Pourtant je suis sûr que Rabbi Chimon Bar Yo’haï était aujourd’hui avec vous, à côté du canal ! »
Avraham Meizlich traduit par Feiga Lubecki
Très riche. Reb Moché, négociant en tissus, était très riche. Sa magnifique villa était située au centre de la ville de Kossov.
Reb Moché était loin d’être un érudit et, disons-le tout net, était loin d’être généreux. Cependant il ressentit un jour une envie aussi soudaine qu’irrépressible: il désirait voir le prophète Eliahou!
Ce désir devint une obsession.
De lui-même, il comprit que pour cela il devait changer sa façon de vivre: il décida de travailler moins afin d’étudier davantage la Torah. Mais le prophète Eliahou ne lui apparut toujours pas !
Un jour, il décida de se confier à Rabbi Baroukh de Viznitz (le fils et successeur de Rabbi Mena’hem Mendel de Kossov).
Celui-ci répondit: « Investis-toi dans les œuvres charitables car c’est là que réside la mission de ton âme ».
Non, Reb Moché n’était pas vraiment prêt à cela. Etudier et prier davantage encore auraient dû lui faire mériter l’apparition tant désirée !
Cette aspiration constante mais à chaque fois déçue l’amena au bord de la dépression.
Son maître, conscient de son problème, tenta de l’encourager. Il lui parla gentiment: « Seules quelques personnes triées sur le volet méritent de voir le prophète Eliahou à chaque génération ! »
Reb Moché refusait d’accepter ce genre de consolation. Rabbi Baroukh réfléchit un instant et lui dit: « Ouvre largement ta main ! Distribue généreusement ton argent pour la Tsédaka (charité). Même si tu rencontres un pauvre homme qui te demande une grosse somme d’argent, donne-lui ce qu’il exige ! »
A partir de ce jour, Reb Moché changea complètement. Bien que cela lui fût très difficile, car il était économe de nature, il se montra très généreux envers chacun.
Un jour, un inconnu, apparemment pauvre, frappa à sa porte. Reb Moché n’était pas présent puisqu’il étudiait à la synagogue, mais sa femme ouvrit la porte et accueillit l’étranger comme il convient:
« Que désirez-vous ? » demanda-t-elle poliment.
« J’ai faim ! » répondit-il laconiquement.
Elle se dépêcha de préparer un repas copieux sur une table joliment dressée. Elle invita le mendiant à manger: il s’assit, le visage fermé, mais ne toucha à rien.
Peut-être n’appréciait-il pas les aliments proposés, se dit la maîtresse de maison. Elle rajouta alors d’autres plats, modifia la disposition, présenta d’autres boissons… Mais il ne mangeait toujours pas.
« Ne m’avez-vous pas dit que vous aviez faim ? » demanda-t-elle, étonnée.
« Moi, je ne mange pas dans la cuisine mais dans la salle à manger ! » dit-il sèchement.
La femme s’empressa de dresser la table, encore plus élégamment dans la magnifique salle à manger.
A sa grande surprise, il refusa encore de manger !
« Ce n’est pas de cette salle à manger que je parlais mais du salon personnel du maître de maison ! » dit-il avec aplomb.
« Peut-être ne s’agit-il pas d’un mendiant ordinaire mais plutôt d’un voleur, d’un bandit… » se dit la femme qui prit peur.
Cependant, elle s’efforça de se calmer en se souvenant que son mari s’était engagé dernièrement à satisfaire le moindre souhait de chaque pauvre qui se présentait.
Elle accepta donc de déménager encore une fois ce qui était devenu un véritable festin dans le salon particulier de son mari, puis sortit.
Pendant ce temps, Reb Moché était rentré et son épouse, essoufflée, lui avait raconté ce qui s’était passé.
Agacé, il entra dans son salon et vit que l’homme ne mangeait toujours pas !
« Que désirez-vous maintenant ? » demanda-t-il.
« Je ne toucherai à rien tant que vous ne m’aurez pas offert une contribution digne de ce nom! »
« C’est-à-dire… ? » demanda Reb Moché par précaution.
« Mille pièces d’or ! » proféra l’homme.
La patience de Reb Moché était à bout. Il tenta de marchander, proposa une somme plus raisonnable mais il était intraitable.
« Mille pièces d’or, pas une en moins! »
Furieux, Reb Moché intima à l’insolent l’ordre de quitter les lieux.
Ce soir-là, c’était Lag Baomer et, comme les autres ‘Hassidim, Reb Moché se rendit à la synagogue de son Rabbi.
Celui-ci réalisa immédiatement dans quel état de nervosité se trouvait Reb Moché: « Tu avais tant désiré mériter l’apparition du prophète Eliahou! Ne t’avais-je pas dit d’accorder à chaque pauvre ce qu’il exigerait ? »
A ce moment, Reb Moché réalisa qu’il n’avait pas été à la hauteur! Il décida alors de s’installer en Terre Sainte, là, il retrouverait sa sérénité.
Il vendit tous ses biens, prit ses paquets et, avec son épouse, se mit en route. Ce n’était pas facile à l’époque et, après un voyage pénible aussi long que coûteux et dangereux, il arriva pratiquement ruiné sur la Terre promise.
Ils s’installèrent à Safed, la ville sainte. L’ancien riche notable de Kossov était devenu un pauvre hère.
Mais il ressentait une vitalité nouvelle. Il partageait son pain quotidien avec les pèlerins qui visitaient la tombe de Rabbi Chimon Bar Yo’haï.
Le jour de Lag Baomer, en particulier, il s’occupait de chacun et transportait lui-même de grands seaux d’eau sur les pentes des collines de Galilée.
Un jour, alors qu’il se trouvait au milieu du chemin et pouvait voir au loin les torches enflammées qui éclairaient la nuit, il aperçut soudain le fameux mendiant qui l’avait tant importuné à Kossov: maintenant celui-ci était habillé majestueusement et rayonnait de sainteté.
Stupéfait, Reb Moché s’arrêta, posa les seaux et contempla, le cœur battant, cette apparition…
A ce moment, il sut qu’il avait obtenu ce qu’il avait tant désiré….
Adapté d’un article de Malka Shapira, paru dans « Miv’har Sipourei Massoret »,
Recueil paru aux Editions Yahadout », Bné Brak. Traduit par Feiga Lubecki
Traduit de « Kfar ‘Habad n° 262
Cette histoire concerne les origines d’un des plus grands ‘Hassidim du Rabbi Chnéour Zalman de Liady – le Admour Hazaken- le ‘Hassid Rabbi Itsel (Its’hak) le Tailleur, ainsi nommé parce que durant son travail il répétait par cœur des discours ‘Hassidiques.
Elle se déroule à Schwinssiane, en Lituanie, vraisemblablement dans les années 1750, et fut contée par le ‘Hassid Rabbi Chmouel Betsalel. Ce récit parut pour la première fois en 1938 dans le journal Hatamim, à Varsovie.
Les numéros se réfèrent aux notes en bas de page.
1 – Depuis le jour où Rabbi Itsel le Tailleur était devenu un ‘hassid, il avait pris soin d’éviter de parler de ses origines. Tout au plus il lâchait qu’il était d’une famille réputée, et se référait à son grand-père paternel, Rabbi Méïr, un érudit apprécié en son temps, qui n’avait jamais cessé d’étudier, la maisonnée vivant du travail de la maîtresse de maison.
Tous les enfants de Rabbi Méïr, excepté le père de Rabbi Itsel le Tailleur, étaient d’honorables Rabbins dans diverses communautés. Son père avait été le seul à choisir de se marier à l’âge de 18 ans avec la fille d’un villageois simple mais craignant D.ieu, et avait vécu durant 15 ans dans ce village aux soins de son beau-père, sans cesser d’étudier. Puis il avait appris le métier de tailleur, et en avait fait son gagne pain.
Arrivé à un âge avancé, lorsque ses mains ne voulurent plus travailler, il vécut de l’exploitation d’un grand verger qu’un noble lui avait offert, et passait la plupart de son temps à étudier au Beth Hamidrach.
Après avoir marié son fils Its’hak, il lui fit don de sa maison et se fit construire une petite maison de trois pièces, dont deux étaient affectées à son habitation et la troisième servit de Beth Hamidrach(2) : dix d’entre les vieux Talmidei ‘Hakhamim de la ville y étudiaient en permanence et il veillait à leurs besoins.
2 – « Mon père, racontait Rabbi Itsel le Tailleur, était opposé à cette nouvelle forme de judaïsme qui commençait alors à se propager dans la contrée, et que l’on appelait ‘Hassidout. Mais il eut le grand mérite de ne pas s’immiscer dans la querelle qui faisait rage.
Il reçut une fois la visite de Rabbi Chlomoh Rafaëls, un des meneurs du mouvement d’opposition à la ‘Hassidout dans la région et qui correspondait avec les Gaonim (érudits) de Vilna(2). Celui ci lui expliqua que la « secte » s’était répandue dans la région et que dans de nombreuses grandes villes comme Vilna, Minsk, Schklow et Slotsk, beaucoup avaient commencé à pratiquer selon ces nouveaux enseignements, au grand jour ou en secret.
A Slotsk même, un érudit de renom, Rabbi Baroukh, connu tant pour sa piété que pour sa richesse et sa grande largesse, était mort récemment et c’est alors qu’on avait découvert qu’il était un adepte de la « secte », et avait détourné du « droit chemin » de nombreux étudiants de la Torah.
Rabbi Chlomoh Rafaëls avait demandé à mon père de s’associer à un décret d’excommunication proclamé à l’encontre de la secte. Mon père lui avait répondu qu’il était tout à fait justifié que les plus hautes autorités de la Torah examinent la situation et statuent sur ce sujet, en conformité avec notre Sainte Loi.
Mais, ajouta-t-il, voici plus de quarante ans, je suis parti en « exil »(3) et j’ai rencontré un homme merveilleux, extrêmement érudit, un Juste caché, chez qui j’ai vu des choses miraculeuses. Nous avons voyagé ensemble durant trois mois, et avant que je ne le quitte, il m’a recommandé trois choses, dont l’une est de ne jamais me mêler d’aucune dispute. »
C’est tout ce que Rabbi Itsel le Tailleur consentait à raconter de ses origines.
3 – Le fils aîné de Rabbi Itsel, le ‘Hassid Rabbi Israël, savait raconter l’histoire de son grand-père avec beaucoup plus de précisions, comme un de ses cousins lui avait racontée.
Mon grand-père, Rabbi Avraham Chmouel, disait il, était le troisième fils de l’ancêtre de notre famille, Rabbi Méïr. Ses aptitudes à l’étude le plaçaient loin devant ses deux aînés, et il n’avait de cesse que d’étudier jour et nuit.
Ses deux frères, eux-mêmes érudits, s’étaient liés par mariage avec des Gaonim de l’époque, et passées les années d’étude auprès de leurs beaux-pères(4) avaient été mandés pour des tâches rabbiniques très honorables dans diverses communautés.
Lorsque Rabbi Avraham Chmouel arriva à l’âge du mariage, il refusa les meilleurs partis, c’est à dire des filles de Rabbins respectés, auxquels sa réputation pouvait lui faire prétendre, et confia à son père, Rabbi Mëir qu’il souhaiterait se marier avec la fille d’un paysan qui s’engagerait à l’entretenir à sa table durant plusieurs années, afin, dit il de pouvoir se consacrer à l’étude sans être dérangé.
La famille fut profondément divisée par une telle idée, qui constituait un affront pour la réputation de tous, mais Rabbi Mëir décréta que puisque ceci se faisait pour l’honneur de la Torah, il admettrait une telle alliance.
4 – A une quarantaine de lieues de là, dans une propriété, vivait un fermier du nom de Reb Yossef. C’était un homme intègre et craignant D.ieu, mais simple à l’extrême. Il lisait à grand peine les prières et ânonnait les Psaumes sans en comprendre le moindre mot. Il avait été béni d’une famille nombreuse, pour laquelle il avait pris les services d’un « Mélamed »(5), et il donnait largement la Tsédakah(6).
Sa réputation de largesse et d’hospitalité était connue de tous, tout comme son ignorance extrême. « Yossel Baroukh Hou Baroukh Chémo »(7) le surnommait on, car il avait l’habitude de se laver fréquemment les mains ou de les essuyer sur son tablier et de prononcer « Béni soit-Il et béni soit Son Nom ». A toute chose, il répondait « Amen », et si on lui demandait pourquoi, il disait qu’un jour un de ses hôtes lui avait enseigné que le Créateur – Baroukh Hou Baroukh Chémo- est présent partout et se tient devant nous, et que Amen représente les initiales de El Melekh Nééman.
Lorsque Reb Yossel apprit que le fils de Rabbi Mëir, le célèbre génie, souhaitait se marier avec la fille d’un villageois, il se hâta d’envoyer son Mélamed faire une proposition à Rabbi Mëir: il s’engageait à construire une maison pour son futur gendre, et à veiller à ses besoins durant quinze ans!
Rabbi Mëir consulta son fils qui accepta. Quelques semaines plus tard, Reb Yossel vint à la ville avec toute sa famille pour conclure les fiançailles, et les Tenaïm(8) furent écrits dans la plus grande joie. Le mariage fut célébré avec faste, quelque temps après, et le jeune couple partit s’établir dans la maison que Reb Yossel avait construit pour son gendre.
5 – Rabbi Avraham Chmouel sut tirer profit du calme qui régnait dans le village: il étudiait assidûment. Seul l’absence de Minyan(9) quotidien le tracassait. Le Chabbat et les jours de fêtes, on venait des villages et hameaux alentour pour se réunir dans la maison de son beau-père et y prier.
Les juifs des alentours, occupés du matin au soir à leur labeur, les uns dans l’agriculture, les autres à l’élevage, la pêche ou le moulin, vivaient pour l’essentiel parmi les non juifs, mais étaient des gens craignant D.ieu, ayant étudié plus ou moins dans leur jeunesse au ‘Héder(10) ou à la Yéchivah(11).
Ce n’est qu’à cause des soucis matériels du quotidien qu’ils avaient abandonné leurs études ou les avaient oubliées.
L’arrivée de Rabbi Avraham Chmouel fut l’occasion d’un réveil et rapidement la journée du Chabbat fut instituée comme journée d’étude: le souffle de la Torah revint dans toute la région.
Trois jeunes gens des hameaux alentour étaient partis étudier à la ville, pour y trouver les maîtres et le cadre convenant à leurs capacités et leur soif de Torah. Rabbi Avraham Chmouel se proposa, si les « ba’hourim »(12) revenaient, de leur donner un cours quotidien, en échange de leur participation au Minyan pour les trois prières de la journée. Les jeunes gens acceptèrent et on put instaurer des offices quotidiens.
Rabbi Avraham Chmouel leur assurait en échange plusieurs heures par jour, une étude très approfondie du Talmud.
Deux années s’écoulèrent ainsi, durant lesquelles de nouvelles familles vinrent s’installer au village. On construisit une synagogue, dans laquelle vingt à trente personnes se réunissaient régulièrement pour les trois prières quotidiennes.
6 – Reb Yossel tenait une distillerie dans une clairière, non loin du village, et il y fit construire une petite maison à l’écart des bruits du village, comme le souhaitait son gendre.
C’est là que le couple demeurait. Trois fois par jour, Rabbi Avraham Chmouel rejoignait le village pour les offices et son cours public.
Quinze années passèrent ainsi: Rabbi Avraham Chmouel étudiait avec assiduité, dans une grande sainteté et pureté. Il s’abstenait de toute discussion profane, et s’il en venait à parler de sujets étrangers à l’étude, c’était en cas de grand besoin et de la façon la plus concise possible.
De nombreux Sages et Rabbins avaient eu l’occasion de passer au village durant ces quinze années, et ils avaient tous pu apprécier l’érudition de Rabbi Avraham Chmouel et sa grande sagesse. Sa réputation s’était étendue au loin, et de nombreuses communautés lui avaient envoyé des propositions pour accepter un poste rabbinique que Rabbi Avraham Chmouel refusait systématiquement.
7 – Avant que les quinze années de séjour chez son beau-père ne se terminent, Rabbi Avraham Chmouel lui déclara qu’il avait décidé de vivre du fruit de son propre travail, et qu’il souhaitait pour cela apprendre un métier manuel:
il coudrait des sacs. Reb Yossel fut très surpris, et insista pour qu’il reste encore à sa charge: D.ieu lui avait donné suffisamment de biens et il serait heureux de pouvoir encore subvenir à ses besoins. Mais là encore, Rabbi Avraham Chmouel refusa, et ne souhaita rien d’autre que vivre du travail de ses mains: il apprit à coudre, et se mit avec sa femme à coudre des gros sacs de toile pour le blé et la farine, dont la vente couvrait facilement leurs maigres besoins.
Tout en cousant, Rabbi Avraham Chmouel révisait de tête la Guemara, avec les explications de Rachi et des Tossefot(13) avec la même aisance que si le livre était ouvert devant lui. Au bout d’un an, Rabbi Avraham Chmouel tira son carnet de compte, calcula son bénéfice et en préleva la dîme avec une joie particulière.
8 – Trois années passèrent ainsi, avant que le couple ne décida de déménager, et de retourner à Schwinssiane, d’où Rabbi Avraham Chmouel était originaire.
Ils y acquirent une petite maison avec un grand jardin pour que la maîtresse de maison puisse faire pousser des légumes, comme elle y était habituée depuis son enfance. Ils comprirent très vite que la confection de sacs grossiers n’était d’aucune utilité à la ville, et Rabbi Avraham Chmouel apprit à coudre des vêtements.
Après vingt années passées loin de Schwinssiane, Rabbi Avraham Chmouel était un inconnu dans sa ville natale: les vieux n’étaient plus, les jeunes l’avaient oublié, sans parler de ses proches qui avaient oublié que Rabbi Mëir avait eu un fils prodige du nom de Avraham Chmouel.
Ceci était tout à fait du goût de Rabbi Avraham Chmouel qui se faisait passer pour un simple petit tailleur.
Avec le temps, les habitants de la ville purent se rendre compte qu’outre sa droiture en affaire le nouveau venu était un érudit hors pair, et sa femme une tsadeket(14) donnant la charité avec largesse, pratiquant l’hospitalité d’une manière exemplaire.
9 – Parmi les habitants de Schwinssiane, il y avait Rabbi Moché Guedaliah. C’était un homme craignant D.ieu, et sachant étudier.
Il vivait de la vente de la production forestière des nobles propriétaires de la région. Etant d’une grande pauvreté, il vendait à très bas prix, et son bénéfice était le plus souvent réduit à la maigre commission que lui versaient les nobles.
Rabbi Moché Guedaliah était à la tête d’une grande famille, dont les besoins n’étaient pas couverts par ces petites entrées: tant de bouches à nourrir, le Mélamed à payer pour les garçons…
Pouvait il être question de s’acheter des vêtements neufs? ? Pourtant il le fallait bien. Les nobles l’avaient averti qu’il ne serait plus question qu’il se représente avec de telles guenilles passées et recousues de partout. Lorsqu’il apprit qu’habitait depuis peu à Schwinssiane un nouveau tailleur qui était aussi un Sage, il décida d’aller en parler avec lui.
Rabbi Avraham Chmouel l’écouta avec amabilité et lui proposa de lui faire un nouveau manteau qu’il payerait petit à petit, au fur et à mesure de ses possibilités, mais qu’il lui faudrait attendre encore deux mois pour satisfaire aux commandes en cours.
En attendant, puisqu’ils étaient de la même taille, il lui prêterait un de ses propres vêtements avec quelques retouches pour le lui ajuster. Rabbi Moché Guedaliah ne souhaitait pas tellement mettre les vêtements d’un autre et lui proposa, puisqu’il s’agissait d’un vêtement destiné à son travail d’être son associé (une part de ce qu’il gagnerait pendant le temps qu’il porterait son vêtement).
Le tailleur ne voulut pas, mais convint de lui vendre son vêtement, avec payement à la convenance de Rabbi Moché Guedaliah.
Celui ci accepta finalement et partit gager son oreiller pour avoir les premiers sous car il tenait à payer un tant soit peu le manteau avant de le mettre. Après retouche, il enfila le manteau et Rabbi Avraham Chmouel le bénit en lui souhaitant de réussir dans ses affaires.
10 – Rabbi Moché Guedaliah emporta le manteau soigneusement plié dans ses affaires. Arrivé dans le premier domaine, il ôta son vieux manteau rapiécé et enfila le nouveau avant de rencontrer le seigneur.
D’emblée, il plut à son hôte: celui ci accepta le prix proposé par Rabbi Moché Guedaliah, ce qui n’était pas du tout son habitude, et lui donna un délai d’un mois pour payer, le temps de trouver un bon acheteur, et de faire un bénéfice substantiel.
Quel ne fut pas son étonnement le second jour d’acheter à nouveau à bon prix, et à de bonnes conditions! Il se dit que la bénédiction du tailleur n’était pas étrangère à cette réussite inattendue.
Arrivé chez lui, il trouva sans peine de bons clients et réalisa un large bénéfice.
Peu à peu Rabbi Moché Guedaliah commença à gagner des sommes coquettes et une fois il fut envoyé par l’un des nobles à Vilna, pour une affaire où il trouva une grande réussite… et une très grande commission.
Sa fortune lui permit de marier honorablement ses filles à deux étudiants de Yéchivah, et à cette occasion, lors d’un de ses voyages à Vilna, il acquit de nouveaux vêtements pour tous.
11 – Rabbi Moché Guedaliah était devenu l’un des plus riches de Schwinssiane, mais il sentit un jour que la roue commençait à tourner: il n’avait plus la même réussite.
Il parla avec sa femme de ce changement, puis de leur situation d’avant: tout avait changé, lui dit il, depuis la bénédiction que lui avait donnée le nouveau tailleur. Sa femme lui fit remarquer qu’il avait cessé de porter ce manteau depuis qu’il en avait acheté un nouveau à Vilna, et que certainement la bénédiction était liée au port de ce manteau.
On alla récupérer le manteau, et après l’avoir brossé et repassé sa femme le lui enfila.
Dès lors, Rabbi Moché Guedaliah fut bien obligé de voir que c’était bien ce manteau qui lui avait procuré la réussite dans ses affaires.
La femme de Rabbi Moché Guedaliah était de nature bavarde. Elle eut tôt fait de raconter l’histoire à ses sœurs, et les sœurs à leurs maris.
Le premier éclata de rire, mais le second beau-frère, Rabbi Baroukh Chlomoh prit la chose au sérieux. Il se mit en quête du tailleur, pour lui demander un manteau neuf. Rabbi Avraham Chmouel lui répondit qu’il s’apprêtait à quitter la ville et qu’il n’aurait pas le temps de satisfaire sa commande auparavant.
Se rendant compte qu’il n’y aurait rien à faire, Rabbi Baroukh Chlomoh lui demanda de bien vouloir lui vendre un de ses propres vêtements, avec les retouches nécessaires: Rabbi Avraham Chmouel accepta et lui donna à choisir dans sa garde robe ce qui lui conviendrait.
Quelques jours plus tard, le manteau était prêt, et Rabbi Avraham Chmouel prit congé de lui en lui souhaitant que D.ieu le bénisse dans toutes ses affaires.
12 – Rabbi Avraham Chmouel était très attristé de ne pas avoir d’enfant, après tant d’années de mariage. Sa femme avait bien débuté quelques grossesses, dont aucune n’était arrivée à terme.
Il s’était dit que ceci était dû à ses fautes, et avait décidé de partir en exil pour une année, pour se faire pardonner ses fautes: D.ieu aurait peut-être pitié d’eux et leur accorderait une descendance.
Sa femme avait accepté la proposition, et c’est la raison pour laquelle il n’avait pu honorer la commande du beau-frère de Rabbi Moché Guedaliah.
Depuis que Rabbi Baroukh Chlomoh avait revêtu ce manteau, tout lui réussissait. Il se rendit compte que les paroles de son beau-frère étaient exactes, et l’histoire fit tout le tour de la ville: on se pressait à la porte de la femme de Rabbi Avraham Chmouel le tailleur, avec la déception qu’on peut imaginer:
le tailleur avait disparu!
L’intérêt pour lui ne cessa pas pour autant et on se rendit compte qu’il était le fils du Gaon Rabbi Mëir et un Tsaddik caché. Tous attendaient son retour avec impatience.
13 – Rabbi Avraham Chmouel était donc parti s’exiler. Il jeûnait souvent et s’appliquait toutes sortes de mortifications les plus difficiles.
Comme il ne souhaitait pas vivre de la charité, il gagnait quelques sous en réparant les vêtements. Il rencontra un jour un autre pauvre, Rabbi Mordekhaï, qui s’avéra être un érudit de génie.
Leur route commune était émaillée de discussions très profondes et d’enseignements que jamais Rabbi Avraham Chmouel n’avait entendu. Une grande estime se développa entre les deux hommes.
Rabbi Avraham Chmouel commença à s’intéresser aux gestes et attitudes de son compagnon et se rendit compte de ses bizarreries. Le fait que jamais Rabbi Mordekhaï n’acceptait d’aide, et ne vivait que de ce qu’il avait, démontrait que Rabbi Mordekhaï ne voyageait pas pour mendier, mais qu’il avait pris sur lui de parcourir le chemin de l’exil, tout comme lui-même.
Il était toutefois étonné de ne jamais le voir jeûner ni se mortifier, selon l’usage des érudits qui traversaient « l’exil ». Avant chaque prière, il s’éloignait un bon moment, et sa prière durait bien plus longtemps que la sienne, bien que lui-même veille à prier en prononçant distinctement à mi-voix chacun des mots de la prière.
Plusieurs heures par jour, il restait à étudier de tête, et seules ses lèvres bougeaient sans qu’un son ne sorte de sa bouche.
14 – Un jour, alors qu’ils traversaient un champ durant leur pérégrinations, Rabbi Mordekhaï déclara à Rabbi Avraham Chmouel qu’il désirait se préparer à la prière de Min’ha.
Il posa son balluchon à terre, et fit mine de chercher dans le champ. Comme son compagnon lui demanda où il allait il lui dit qu’il cherchait une rivière ou un étang pour s’y tremper, car il avait l’habitude de se purifier ainsi, été comme hiver, avant chacune des trois prières de la journée.
Rabbi Avraham Chmouel répondit qu’il irait avec lui, pour se laver, car la journée avait été très chaude et il souhaitait se rafraîchir. Rabbi Mordekhaï découvrit non loin une source, et commença à se déshabiller.
Rabbi Avraham Chmouel qui ne voyait pas d’eau se tourna vers lui avec étonnement, et son compagnon le pria de revenir quelques pas en arrière et de l’attendre.
Quelques instants plus tard, Rabbi Mordekhaï le rejoignit, le visage et les Péoth(15) mouillées, au grand étonnement de Rabbi Avraham Chmouel.
« De quoi t’étonnes tu? N’est il pas écrit que « celui qui vient pour se purifier, on l’aide d’en haut ». Là haut on sait que je m’immerge dans un Mikvéh(16) avant chaque prière, et D.ieu m’a fait émerger l’eau du tréfonds de la terre afin que je puisse prier comme je dois le faire.
15 – De ce jour, Rabbi Avraham Chmouel ne cessa d’observer les gestes de Rabbi Mordekhaï et il acquit la conviction que son compagnon était un Juste caché(17) et qu’outre sa connaissance fabuleuse de la Torah révélée, il était aussi un Kabbaliste accompli.
Rabbi Mordekhaï lui proposa d’étudier avec lui la Kabbale, et ils eurent quelques cours ensemble. Mais Rabbi Avraham Chmouel ne souhaita pas poursuivre, car devant rentrer bientôt chez lui, il craignait que l’étude solitaire de la Kabbale ne soit pour lui une source d’erreur.
Avant de se séparer, Rabbi Mordekhaï donna à Rabbi Avraham Chmouel trois recommandations:
– ne jamais refuser une demande de la communauté, – lorsqu’il aurait un fils, lui donner le nom de Its’hak. – ne jamais s’immiscer dans une dispute.
16 – Le retour de Rabbi Avraham Chmouel, peu avant Chavouot passa totalement inaperçu. Sa femme le mit au courant de toutes les histoires qui couraient à son propos, concernant les vêtements qu’il coupait et qui apportaient la réussite à leurs acquéreurs, au point que tous attendaient son retour avec impatience.
Il en fut très peiné, et décida qu’il était temps d’abandonner la couture, et de se suffire de la réparation des outils, qu’il avait apprise durant cette année d’exil.
Lorsque au bout de quelques semaines on réalisa dans la ville que Rabbi Avraham Chmouel était de retour, le tumulte recommença.
Le premier à venir fut le second beau-frère de Rabbi Moché Guedaliah, Reb David l’épicier, celui qui avait affiché tant de mépris au début: il était devenu jaloux de la réussite de Reb Baroukh Chlomoh, son beau-frère, qui avait si bien réussi depuis qu’il revêtait le manteau de Rabbi Avraham Chmouel.
Il trouva Rabbi Avraham Chmouel chez lui en train de réparer des outils, et lui demanda où se trouvait le tailleur. « Il n’y a pas de tailleur ici » s’entendit il répondre. Ce n’est qu’après être rentré chez lui qu’il put savoir que son interlocuteur était effectivement l’ancien tailleur, mais qu’il avait cessé d’exercer.
17 – Entre temps l’histoire du tailleur merveilleux était arrivée jusqu’aux oreilles du seigneur de la ville.
Il dépêcha un serviteur en livrée chez Rabbi Avraham Chmouel, pour le prier de bien vouloir monter dans le carrosse et se présenter chez lui dans son manoir.
Lorsque sa femme vit arriver ce splendide carrosse, et en descendre un homme habillé comme un prince, elle prit peur et courut annoncer cette visite étrange à Rabbi Avraham Chmouel. On reçut l’homme avec courtoisie, mais Rabbi Avraham Chmouel déclina l’offre: il n’était pas habitué à voyager dans de telles conditions, et proposa de se rendre à pied chez le noble.
Quelques jours plus tard, il prit son sac sur le dos et partit se présenter au manoir. Le seigneur du village lui expliqua qu’il souhaitait que Rabbi Avraham Chmouel lui couse un nouvel habit, et fut quelque peu surpris de s’entendre répondre que son interlocuteur n’exerçait plus ce métier et se contentait de réparer les instruments.
Il comprit vite que rien n’y ferait, ni l’argent ni les honneurs, et comme il était un ami des juifs de ses propriétés, dont il savait estimer la droiture, il n’insista pas.
18 – Durant le mois de Av suivant, un incendie se déclara dans la ville, qui eut tôt fait de détruire des centaines de maisons, quatre des synagogues de la ville, les boutiques du marché…
Des centaines de personnes se retrouvèrent à dormir dans les champs, sans foyer et sans nourriture.
Le maître de la ville envoya sans tarder dix charrettes de pomme de terre et de légumes, trois charrettes de farine pour distribuer aux nécessiteux, et fit savoir aux chefs de la communauté qu’il logerait plusieurs centaines de famille dans ses dépendances jusqu’à ce que de nouvelles maisons soient reconstruites.
Les représentants de la communauté firent le voyage pour le remercier de sa générosité, et il leur proposa de puiser largement dans ses ressources forestières pour prendre le bois nécessaire à la reconstruction de la ville.
« Dans trois mois, leur dit il à la fin de l’entretien, il y aura à Vilna une réunion de tous les nobles. J’aimerais que votre tailleur miraculeux me prépare un nouveau costume pour l’occasion. En plus de son salaire, je vous livrerai gratuitement les poutres et le bois pour reconstruire vos quatre synagogues. »
19 – Le chef de la communauté rassembla les juifs dès son retour, pour leur faire part du geste supplémentaire du noble concernant le bois de ses forêts.
Il leur parla ensuite de la demande particulière du noble quant au tailleur, et on décida de prier le tailleur de l’accepter, compte tenu de l’importance que cela avait pour la communauté. Rabbi Avraham Chmouel les accueillit avec prudence, puis se souvint de la recommandation de Rabbi Mordekhaï : ne jamais refuser une demande de la communauté.
Il partit donc chez le noble, accompagné du chef de la ville. Celui ci lui remit les étoffes choisies, les instruments nécessaires, des anciens vêtements pour servir de modèle. Deux semaines plus tard, les vêtements étaient prêts, et Rabbi Avraham Chmouel les apporta au manoir, fit les dernières retouches sur place, et souhaita au seigneur de réussir dans tout ce qu’il entreprendrait.
Les employés du seigneur emportèrent à la ville les matériaux nécessaires à la reconstruction des synagogues, et se mirent immédiatement au travail: il fallait que la première des bâtisses soit terminée avant les Fêtes qui approchaient. Le seigneur fit don d’un vaste terrain à Rabbi Avraham Chmouel et ordonna à ses serviteurs de lui construire une nouvelle maison.
19 – Quelques mois plus tard, l’épouse de Rabbi Avraham Chmouel ressentit les premiers symptômes de grossesse.
Elle se souvint avec amertume de ses grossesses précédentes, sans lendemain, et pleura beaucoup. Elle partit se recueillir sur la tombe de son beau-père Rabbi Mëir, et s’en ouvrit à Rabbi Avraham Chmouel, qui s’efforça de lui redonner confiance.
Une nuit, elle rêva qu’un vieillard venait la visiter et lui disait « pourquoi pleurer? Tu vas avoir un garçon et tu peux t’en réjouir déjà ». A son réveil elle conta son rêve à son mari, qui se souvint de ce que lui avait dit Rabbi Mordekhaï.
Il lui raconta sa rencontre avec ce Tsaddik caché, les merveilles qu’il avait pu voir durant son séjour en exil, et sa prédiction, quant à la venue d’un garçon. Dès ce jour, la femme de Rabbi Avraham Chmouel reprit confiance en D.ieu et en ses serviteurs, les Justes.
Lors de la réunion des nobles, à Vilna, le seigneur de Schwinssiane fut élu chef de l’Assemblée des Nobles de toute la Lituanie.
De retour à Schwinssiane il tint parole et s’empressa de fournir aux juifs tout le nécessaire à la reconstruction des synagogues, et encore beaucoup d’autres avantages. Il fit enregistrer une loi exemptant Rabbi Avraham Chmouel de tout impôt, et stipulant que les ouvriers du manoir entretiendraient ses jardins gratuitement.
Lorsque la quatrième synagogue fut achevée, la femme de Rabbi Avraham Chmouel accoucha d’un garçon qu’ils appelèrent Its’hak,… Rabbi Itsel le Tailleur.
Notes :